En effet, celui qui n’est pas capable d’identifier des modèles récents de pick-up peut facilement imaginer que l’avion qui l’a conduit ici depuis SALT LAKE CITY était en réalité une machine à remonter le temps : ELKO est une petite ville du Nord Est du Nevada, entourée de montagnes, et qui donne l’impression d’être toujours au milieu des années 60/70. La population est, quant à elle, très chaleureuse, accueillante et serviable, à l’image de ses commerçants qui, étonnés de prime abord par mon accent français, sont très vite, pour certains, ravis d’évoquer leur racines européennes (françaises ou espagnoles). Une importante communauté Basque réside en effet à Elko où est organisé chaque année au mois de Juillet le Basque Festival. C’est le cas notamment de l’actuelle propriétaire de la boutique Tacahabee (créée au début du XXème siècle et dont le décor est resté inchangé depuis la 2ème guerre mondiale) qui me parle de ses origines basques (entre Bayonne et Biarritz) et qui avoue qu’elle a de plus de facilité à conserver en espagnol qu’en français (présence mexicaine oblige).

 

Parmi les autres institutions de cette ville, la sellerie CAPRIOLA installée à ELKO depuis 1929 (nous en reparlerons prochainement) et le Western Folklife Center, abrité dans les locaux de l’ancien Pionneer Hôtel et qui a conservé, outre les façades d’origine, la salle de bar et le comptoir d’époque derrière lequel ne manque surtout pas l’incontournable et immense miroir. Cette année pour l’ouverture du festival, le temps froid mais beau, est de la partie. Au grand bonheur de tous, qui ont eu entre 45 et 60 centimètres de neige l’an dernier. La manifestation, qui aujourd’hui fait l’objet d’une reconnaissance nationale, s’ouvre par une journée consacrée aux enfants des écoles avec la projection d’un film sur la vie d’un famille de ranchers. Les images et les commentaires impressionnent les jeunes spectateurs, loin de s’imaginer qu’à l’heure de l’Internet haut débit et de la télévision par satellite, certains enfants de leur âge vivent dans une semi autarcie (home schooled)* et participent très tôt à toutes les tâches de la vie du ranch. En témoigne l’attitude du fils de famille d’une douzaine d’année, timide et taciturne avec ses semblables mais tout à fait à l’aise à cheval et maniant son lasso ou pour de dépecer avec son grand frère une bête destinée à remplir le congélateur pour l’hiver (vous avez dit cliché).

 

Tout nous ramène au thème du festival de cette année «Between grass and sky**»…. Résumé de tout ce qui fait l’essence de la manifestation et du lien profond qui unit les participants, acteurs ou spectateurs : l’attachement indéfectible à la culture et l’héritage du passé.

 

Peu à peu, les parkings des motels hors d’âge se remplissent de véhicules de provenances diverses et variées, à l’instar des salles d’exposition des restaurants et même des casinos (on est au Nevada !). Pendant une dizaine de jours, la ville va vivre au rythme de la mélodie des guitares et des accents plaintifs de l’harmonica, supplés de ci de là par les violons ou la contrebasse. Un peu partout on trouve des expositions, depuis la peinture jusqu’au matériel d’équitation estampillé « Great Basin Buckaroo » en passant par toutes sortes de créations ayant pour thème unique la célébration de l’Ouest, de la vie du ranch et du travail du cowboy.

Forums et discussions autour de sujets allant de la cuisine au «Dutch oven*** » ou de la fabrication du pain cowboy, au tressage du rawhide (dont le stage est animé par Doug Crove le souriant et facétieux instructeur aussi prompt à lancer une plaisanterie qu’à tresser ses 12 brins de cuir cru pour un résultat parfait) ou la gravure de l’argent, sont ponctués de spectacles où se mêlent la poésie récitée  par divers artistes (certains venant même d’autres continents) et les concerts avec un ou plusieurs musiciens ou chanteurs.

Mais cette année, une des principales attractions de la 25ème édition est le concours de sellerie et de fabrication de mors, abrité par la Wiegand Gallery magnifique salle d’exposition du Western Folklife Center. Une galerie où se côtoient des artisans du Montana, Wyoming, Idaho, Nevada, Colorado mais aussi d’Australie, Allemagne ou France, qui tous proposent des pièces absolument étonnantes, reflets d’une maîtrise technique élevée et d’un niveau artistique incontestable. Des œuvres d’art, à n’en pas douter, mais qui n’en sont pas moins des objets tout à fait utilisables et qui permettent même d’obtenir de meilleurs résultats malgré leur aspect précieux : « Functionnal Art » selon la définition de Dale Harwood. Le fait d’avoir été convié à participer à ce concours me fait mieux comprendre ce qu’à du éprouver Pedro Pedrini lors de sa  nomination à la Tradional Cowboy Arts Association dont deux membres étaient en compétition pour cette édition 2009, sans oublier des noms comme Don Butler, Mark Brogger, Nancy Hogan et Keith Valley dont la selle à déjà gagné le concours de Sheridan (Wyoming) au mois de mai 2008 ou les deux selliers allemands maintes fois récompensés eux aussi en terre américaine : un curieux mélange de fierté et de respect.

 

Enfin comment ne pas terminer en mettant l’accent sur l’ambiance festive et la bonne humeur générale qui font le succès du National  Cowboy Poetry Gathering grâce à une organisation sans faille reposant sur une équipe de gens totalement impliqués dans leur cause et soutenus par un nombre considérable de bénévoles aussi dévoués les uns que les autres et au moins aussi concerné que les permanents. Certains viennent tous les ans, y compris d’autres Etats juste  pour apporter leur contribution à la réussite du festival. Assurément une date à noter dans les agendas : une visite s’impose !!

 

* scolarisés à la maison

** entre l’herbe et le ciel

*** sorte de chaudron en fonte que l’on enterre à demi entouré de braises pour cuisiner